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Histoire des Autochtones du Canada
Tome II (1 000 avant J.-C. à 500 après J.-C.)

La culture de la Côte-Ouest (phase récente) (Sommaire, Chapitre 28)

La Côte-Ouest correspond à une bande étroite de terre côtière longeant le versant ouest des montagnes du littoral, bande qui comprend quelques grandes îles comme Vancouver, la Reine Charlotte, et l'archipel d'Alexander à la pointe de l'Alaska. Depuis la rivière Copper dans le golfe de l'Alaska jusqu'au sud de l'Orégon, la côte s'étend sur 2 400 km à vol d'oiseau; cependant, toute la côte, composée de plusieurs îles et d'anses profondes, mesurent 16 000 km (Suttles 1990a : 16). La côte comporte deux zones environnementales majeures, les côtes les plus avancées exposées à l'océan pacifique et les côtes protégées, c'est-à-dire les plus reculées. Le climat est semblable à celui de l'Europe de l'ouest comportant des étés frais et doux, des hivers humides. Les vents soufflent surtout en direction ouest. L'amplitude des marées et la durée entre les marées basses et les marées hautes sont complexes et déterminent directement l'accès, facile ou difficile, à la nourriture intertidale comme les palourdes. Les mascarets des marées et les vagues tumultueuses influencent évidemment les voyages par eau. Sur la côte de la Colombie-Britannique, la végétation dominante est la forêt du Pacifique composée principalement de cèdre-ciguë-épinette-sapin (McAndrews and Manville 1987). Le sous-bois de la forêt dominante de conifères comprend la bruyère et la fougère alors que les marécages et les marais salés de la côte sont partout. Cette forêt représente une zone écologique relativement homogène sauf pour une langue de conifères et d'érables à grandes feuilles qui couvrent la marges méridionale de l'île de Vancouver et la terre ferme voisine. Les Européens n'ont pas exploré la côte avant la fin du 18e siècle et les établissements de blancs n'ont pas été érigés avant la moitié du 19e siècle. Ainsi, la période de temps séparant le mode de vie autochtone et l'intrusion de la culture européenne est plus courte que dans le reste du Canada en général.


Scène villageoise de la culture de la Côte-Ouest 
(phase récente) - Vidéoanthrop Inc. ; MCC I-A-42, S95-23505
Scène villageoise de la culture de la Côte-Ouest (phase récente)

Quoique idéalisée, l'exécution artistique d'une scène villageoise illustre plusieurs des caractéristiques majeures de la culture de la Côte-Ouest (phase récente). Les grandes maisons multi-familiales de planches forment une rangée faisant face à la mer mais les amas de coquillages se trouvent en arrière et entre les maisons. Une patrouille de maraudeurs victorieux est de retour avec des prisonniers comme esclaves, la tête de leurs ennemis massacrés retenue comme trophée de guerre, et avec des objets qui témoignent de leur pillage. Le chef de la patrouille de guerre est salué par les chefs du village qui sont en habit de cérémonie. Un peu en retrait, une vieille femme, portant une tunique tissée en écorce de cèdre, une cape et un chapeau, surveille le processus alors qu'au loin, en arrière plan, deux canots monoxyles sont recouverts de mattes pour empêcher les canots de sécher excessivement au soleil et de se fendiller. L'homme dans le coin gauche porte un chapeau de potlatch tissé en racine d'épinette dont les trois anneaux au sommet indiquent que l'individu a mérité ses droits et ses privilèges lors de trois cérémonies de potlatch.

(Peinture exécutée par Vidéanthrop Inc., Montréal, à contrat avec le Musée canadien des civilisations. La peinture a été réalisée par M. François Girard à l'aide de croquis et d'information technique compilés par M. Marc Laberge et l'auteur.)


Au début, les tentatives de comprendre l'évolution de la culture de la Côte-Ouest se sont appuyées sur des études ethnographiques comportant peu ou aucune considération eu égard à l'histoire des Autochtones telle qu'on la lit dans l'enregistrement archéologique. Étant donné la nature récente de la recherche archéologique, une telle approche était compréhensible. Les premières hypothèses ont considéré les influences de l'Asie et de l'Océanie comme des stimulus majeurs responsables de la formation des sociétés complexes observées par les Européens à la fin des 18e et 19e siècles. Les explications subséquentes fondées sur l'archéologie ont eu tendance à compter sur une combinaison de migrations conjointement avec la diffusion de traits culturels et d'éléments technologiques. Les efforts en cours pour expliquer le changement culturel se concentrent sur la disponibilité de certains aliments dus aux facteurs environnementaux, notamment la fluctuation du niveau de la mer et l'inclinaison des rivières et les changements climatiques (Fladmark 1975). Sans doute, il y a eu plusieurs facteurs inter-reliés qui ont influencé l'émergence de sociétés complexes sur la Côte-Ouest. Cependant, la compréhension de ces facteurs et la nature de leur interaction les uns avec les autres doivent être perçus dans le temps, perspective qui n'est possible qu'en archéologie.

Pour acquérir une quelconque appréciation de l'exceptionnelle diversité culturelle et linguistique des peuples de la Colombie-Britannique, on recommandé au lecteur de consulter le Tome 7, la Côte Nord-Ouest, Handbook of the North American Indians. Les chapitres particulièrement utiles de l'introduction sont ceux de Wayne Suttles (1990; 1990a). Un volume récent, qui porte sur l'évolution des inégalités sociales et la complexité sociale sur la côte, examine aussi l'aire culturelle du Nord-Ouest dans des perspectives instructives (Matson and Coupland 1995). Une bonne partie de l'information contenue dans des thèses et des comptes rendus du potentiel culturel de la province est comprise dans cette dernière publication. À l'arrivée des Européens "La hiérarchie sociale et l'esclavage héréditaire, et l'importance de la richesse ont été identifiés comme les caractéristiques les plus distinctives de l'aire culturelle..." (Suttles 1990 : 4). Le modèle culturel de la Côte Nord-Ouest comprenait "...l'inégalité sociale héréditaire, le mode d'établissement semi-sédentaire comportant des villages d'hiver permanents, et une production intensive et l'entreposage des ressources, spécialement le saumon" (Coupland et al. 1993 : 59). Certaines données indiquent que les sociétés étaient encore structurées en groupes corporatifs égalitaires dans le nord de la côte au début de la Période IV. Vers la fin de cette période, dans la même région, un enregistrement incontournable indique que certains villages étaient en position d'empêcher des villages voisins d'accéder à certaines ressources localement disponibles. Le contrôle des ressources alimentaires était un ingrédient essentiel à l'émergence de l'inégalité entre les groupes. Des réclamations antérieures quant aux origines du modèle culturel de la Côte Nord-Ouest, y compris les sociétés hiérarchisées, ont été faites pour le sud de la côte aux sites de Pender Canal dans l'extrême sud du détroit de Georgia où "...l'évolution presque complète de la culture de la Côte Nord-Ouest - le potlach commémoratif fondé sur l'enregistrement direct pour alimenter les morts, la spécialisation de l'artisanat, les masques et le rituel, différents types de labrets indiquant le rang social, l'industrie du bois, l'art en trois dimensions, et la continuité de la subsistance marine" sont identifiés entre 2 250 et 1 250 avant J.-C. au cours de la Période III (Carlson and Hobler 1993 : 45). L'affirmation précédente comporte des éléments spéculatifs qui s'appuient sur une dépendance étroite eu égard à l'analogie ethnographique comme outil interprétatif (Carlson 1990 : 115). L'analogie ethnographique est une méthode utile qui prolonge les pratiques des peuples autochtones historiquement documentés jusqu'aux périodes pré-européennes mais on doit l'appliquer avec un soin considérable. Le chaos culturel qui a résulté de l'introduction des maladies européennes, les fusils, l'alcool, les machinations politiques, et l'imposition de l'économie monétaire, non seulement ont massivement et soudainement altéré les modes de vie pré-européens mais l'ont fait avant l'observation systématique des sociétés autochtones par des ethnographes de formation.

L'émergence des sociétés hiérarchisées sur la Côte-Ouest est la caractéristique par excellence de la Période IV et constitue un aspect théorique important à considérer pour arriver à la compréhension du changement culturel, aspect auquel une contribution archéologique est incontournable. La hiérarchie sociale sur la Côte-Ouest ne peut pas correspondre à la perception européenne habituelle d'une société hiérarchique consistant en un souverain dominant plusieurs familles nobles qui exerçaient une autorité sur plusieurs gens du peuple qui, à leur tour, ont pu être moins nombreux qu'une classe inférieure d'esclaves. Une telle structure pyramidale pouvait en fait être inversée sur la Côte-Ouest où les nobles, ou "les gens dignes", constituaient une partie plus importante de la population que les gens du commun et les esclaves de rang inférieur. Un relevé de la littérature indique que les sociétés hiérarchisées étaient assez variables sur la Côte mais que les systèmes hiérarchiques du nord et du sud de la Côte comportaient des différences majeures. À la Période IV, le modèle évolué de la Côte Nord-Ouest, dont les documents historiques nous font un compte rendu, a été atteint dans le sud de la Côte entre 500 avant J.-C. et 500 après J.-C. (Matson and Coupland 1995 : 199). Il est évident que les facteurs à la base de ce modèle, à savoir : la concentration de l'entreposage du saumon séché, le ramassage des crustacés et les villages hivernaux, n'ont pas été mis en place soudainement suite à la stabilisation de la dualité terre-mer qui avait commencé plus de 5 000 ans plus tôt. Chacun des facteurs environnementaux mentionnés précédemment semble avoir eu une histoire indépendante contribuant à créer une conjoncture favorable, par exemple : les quantités suffisantes de nourriture entreposée pour l'hiver ont permis la concentration des populations et en conséquence la croissance d'une complexité culturelle; l'impact économique de l'entreposage intensif du saumon et les ajustements sociaux concomitants ont altéré le contrôle des ressources déjà distribuées inégalement et aurait conduit à l'inégalité sociale. Ainsi la stratification sociale a suivi plutôt que précédé l'intensification, l'utilisation et le contrôle des ressources du saumon. Dans ce sens "Le changement économique n'altère pas la nature et la valeur des ressources, et permet ainsi différents changements sociaux d'émerger" (Matson and Coupland 1995 : 305). L'exploitation du saumon à grande échelle a une longue histoire et n'est pas nécessairement liée aux villages sédentaires ou à un statut social attribué. C'est lorsque un tel entreposage de nourriture a permis l'agglomération de grands groupes de gens en des villages saisonniers peu avant le début de la Période IV qu'a été activée la dynamique qui a conduit aux changements sociaux, d'abord graduels mais ensuite exponentiels.

Les archéologues sont d'accord sur le fait que ce fut au cours de la Période IV (1 000 avant J.-C. à 500 après J.-C.) que les sociétés hiérarchisées émergèrent sur la côte du Pacifique depuis l'Orégon jusqu'au sud-ouest de l'Alaska. La croissance de la sédentarité et l'exploitation de la pêche accompagnaient cette émergence. Le processus impliqua la formation d'une structure de classes composées de lignages familiaux puissants, de gens du peuple et d'esclaves, avec des cérémonies confirmant le statut, notamment le potlatch, et a à juste titre attiré une attention considérable. Cependant la Côte-Ouest est loin d'être une entité culturelle monolithique. Une analogie appropriée est de voir la phase récente de la culture de la Côte-Ouest comme un tissu dont la chaîne, les éléments verticaux du tissu, représente les distinctes traditions culturelles locales alors que la trame, les éléments horizontaux du tissu, représente les nombreux traits partagés par ces nombreuses traditions locales pour former une co-tradition ou un modèle culturel plus ample. La continuité avec la Période III précédente est indubitable et "...il y a entre 3 500 et 1 500 ans, les gens de la Côte-Ouest, dans une impressionnante floraison d'accomplissements créatifs, ont amplifié et élaboré des thèmes culturels dont les débuts remontent à plusieurs milliers d'années auparavant" (Fladmark 1986 : 84). À l'intérieur de ce modèle culturel largement répandu, les cinq variations régionales les plus importantes existaient dans le nord, le centre et le sud de la côte, dans les îles de la Reine Charlotte et sur la côte la plus avancée de l'île de Vancouver, reflétant la variabilité régionale apparente à la période précédente. Le modèle ethnographique impliquant une concentration croissante des ressources marines et particulièrement le poisson, l'industrie massive du bois, modèle rehaussé par les cérémonies et la croissance des objets de richesse traversait les nombreuses différentes traditions culturelles locales.

Alors que les origines de la culture de la Côte-Ouest (phase récente) s'enracinaient, croit-on, dans la culture de la Côte-Ouest (phase ancienne) de la Période III, une simple évolution linéaire est un peu trop facile. En particulier, les qualifications reliées à la parenté entre les occupants du bas fleuve Fraser et la région de Hope-Yale et ceux du détroit de Georgia (Borden 1970; Burley 1980; Mitchell 1971). De la même façon, au nord, les liens entre le développement intérieur du canyon Kitselas et ce qui a eu lieu à l'embouchure de la rivière Skeena dans la région de Prince Rupert Harbour a soulevé une controverse (Allaire 1978; Coupland 1988). Une césure partielle dans l'enregistrement archéologique à la fin de la Période IV vers 500 après J.-C. (Fladmark 1982 : Figure 7, 111) a aussi causé des problèmes à l'application de l'approche historique directe à la culture de la Côte-Ouest (phase récente). Cette approche identifie les villages historiquement documentés des Autochtones comprenant d'abord des articles de commerce européens et ensuite des traces d'une séquence de villages apparentés ne contenant pas de biens européens en reculant de plus en plus dans le temps. En dépit de quelques faiblesses dans l'enregistrement connu, la plupart des chercheurs voient les manifestations régionales de la culture de la Côte-Ouest (phase récente) comme conduisant directement aux populations autochtones que rencontrèrent les Européens. Par exemple, dans la région de Prince Rupert Harbour dans le nord de la côte, entre 1 500 avant J.-C. et 500 après J.-C., les modes d'établissement, d'économie et d'évolution sociale sont considérés comme conduisant directement aux Tsimshians de la fin du 18e siècle (MacDonald and Inglis 1976).

Les complexes culturels régionaux, en partie ou en totalité, pertinents à la culure de la Côte-Ouest (phase récente) de la Période IV sont représentés par les suivants : dans le sud de la côte, et spécifiquement dans le détroit de Georgia, les complexes séquentiels de Locarno Beach et de Marpole; sur la côte avancée de l'île de Vancouver et de la péninsule Olympic de l'état de Washington voisin, le complexe de Yuquot Zone II; dans le centre de la côte, Namu III et IV; dans le nord de la côte, Prince Rupert II; et sur les îles de la Reine Charlotte, la tradition Graham. Les complexes de Baldwin et de Kleanza du bas fleuve Fraser et de la rivière Skeena, respectivement, représentent des développements survenus à l'intérieur mais encore apparentés à la côte. À l'intérieur de ce régionalisme culturel considérable se trouvaient des éléments culturels partagés impliquant "...l'enregistrement accru de la différenciation de statut dans les sépultures; le plein développement d'un équipement complexe et diversifié pour la pêche et la chasse aux mammifères marins généralement semblable à celui de la période ethnographique; l'enregistrement d'agglomérations significatives de populations, et les premiers fermes indices de la guerre" (Fladmark 1982 : 113). Les nouveaux traits à apparaître ou à acquérir une distribution généralisée sur la côte ont été les harpons à tête basculante, les labrets, les râpes à écorce, et les poids de filets perforés. Dans la région du détroit de Georgia dans le sud de la côte, la sculpture sur pierre dure, des extenseurs lobaires, des bandeaux frontaux et probablement les tumulus funéraires apparaissent pour la première fois. Comme on l'a fait remarquer, la reconstitution de la culture de la Côte-Ouest (phase récente) représente un tissu culturel lâche dans lequel plusieurs cultures régionalement distinctes interagissaient à un degré suffisant pour soutenir un mode culturel généralement partagé. Cependant, l'introduction d'un nouvel élément technique aurait pu avoir un impact soudain et dramatique sur ce modèle. Une discontinuité dans le sud de la côte vers la fin de la Période IV impliquant le remplacement des outils en pierre taillée par des outils en pierre polie semble avoir été partiellement le résultat de l'introduction de l'arc et de la flèche. L'arc et la flèche arrivèrent dans la région du détroit de Georgia depuis le plateau canadien vers 400 après J.-C. (Charlton 1980 : 56), événement qui non seulement est relié à la disparition du propulseur mais aussi peu après au remplacement du basalte vitreux des pointes de flèches provenant de l'intérieur par des têtes de flèche en pierre polie (Ibid : 56-57). Il semble que les peuples côtiers n'aient pas pris longtemps pour arriver à la conclusion que le nouveau système d'armes travaillait tout aussi bien sans les pointes de pierre importées. En conséquence de ce transfert technologique et vraisemblablement d'autres facteurs, la transition depuis le complexe de Marpole de la fin de la Période IV vers le complexe du golfe de Georgia à la Période V semble, du point de vue de l'archéologie, avoir été plutôt rapide (Mitchell 1971a: 167).

Dans le détroit de Georgia, les ancêtres les plus anciens des Salish de la côte sont généralement attribués au complexe de Marpole (Mitchell 1971 : 71). La continuité culturelle est en partie fondée sur l'apparition d'objets de richesse et une distribution apparemment inégalitaire de ces objets de richesse dans les sépultures. L'apparition de la déformation crânienne à cette époque a aussi été interprétée comme une marque de statut comme l'ont été les labrets et les extenseurs lobaires. On a spéculé que la richesse était source de prestige en raison de sa redistribution au moyen de la cérémonie des potlatch. Cette importante cérémonie impliquait la ré-affirmation des droits et privilèges des gens de rang. Une distribution inégale des objets de richesse dans les sépultures n'a pas été observée dans le complexe précédent de Locarno Beach qui, croit-on, constituait une société plus égalitaire. Cependant, la différence entre les complexes de Locarno Beach et de Marpole en est encore une de degré plutôt que de nature (e.g. Carlson and Hobler 1993) et on a observé que le mode de vie du premier était "....fondamentalement semblable à celui de la Côte Nord-Ouest ethnographique" (Matson 1981 : 64). Le complexe de Marpole, avec ses sépultures présumées de statut, les maisons multi-familiales en planches, l'enregistrement de grandes embarcations munis de patins pour les tirer sur la plage à certains sites, la programmation des ressources impliquant l'acquisition, la conservation et l'entreposage du saumon, une tradition artistique florissante, des cérémonies complexes, et la participation à un réseau de commerce étendu, est au moins considéré comme faisant partie d'une série d'événements indicateurs d'un long processus de complexité culturelle plutôt que d'une sorte de floraison culturelle soudaine. L'enregistrement relié au complexe de Locarno Beach est plus limité que celui du complexe de Marpole. De grandes maisons communautaires étaient présentes dans la région vers au moins 1 000 avant J.-C. et, en outre, les nombreux coins en bois et en andouiller dans le complexe de Locarno Beach indiquent la production de maisons de planches. L'acquisition et le traitement du poisson broyé à grande échelle dans le complexe de Locarno Beach, apparent aussi au site de la rivière Hoko situé sur le côté de l'état de Washington du détroit de Juan de Fuca (Croes and Hackenberger 1988), démontre la capacité de traiter des approvisionnements importants de nourriture pour l'hiver longtemps avant le complexe de Marpole. En fait, cette capacité remonte à 7 000 ans au site Namu dans le centre de la côte (Cannon 1991).

On a accordé un certain mérite à la proposition que les phases ou les types ou les complexes culturels comme Locarno Beach et Marpole représentent en fait des stades économiques du développement plutôt que des entités culturelles distinctes en soi (Croes and Hackenberger 1988 : 79). La perception des changements conduisant à la différenciation de telles reconstitutions culturelles peut simplement refléter les ajustements aux méthodes d'acquisition de la nourriture résultant de la surexploitation de certaines ressources combinées à la croissance de la population. Au site Hoko River dans la Olympic Peninsula, l'industrie de la pierre et de l'os se relie clairement au site du complexe de Locanro Beach et pourtant les styles de vannerie provenant de ce site a produit des formes distinctement différentes des styles de vannerie provenant des composants contemporains de Locarno Beach du site Musqueam Northeast dans le delta du fleuve Fraser (Borden 1976). Un article de fabrication complexe, telle que la vannerie, semble être un indicateur plus sensible de développement culturel régional que la pierre. Dans ce cas, deux sites, Hoko River et Musqueam Northeast situés à moins de 150 km de distance, ont partagé certains éléments de la technologie mais pas les autres, tels les styles de vannerie, suggérant que les deux sites représentent des traditions culturelles locales séparées qui ont cependant participé à une co-tradition plus ample. Malheureusement, relativement peu de sites revêtent des conditions appropriées à la conservation des éléments de l'industrie du bois et de l'écorce. Les traits qui parviennent à survivre dans les dépôts archéologiques sont souvent plus typiques d'une co-tradition ample que des facettes locales distinctes de l'industrie. Ainsi, l'archéologie reçoit indubitablement une vue biaisée du degré d'hétérogénéité technologique dans toute région particulière puisque la variabilité locale peut être masquée par une plus grande conservation d'éléments susceptibles de surestimer la co-tradition technologique. Une ramification critique de cette proposition (Croes 1989 : 118) est que si les reconstitutions comme celle de Locarno Beach et Marpole correspondent à des sommets économiques plutôt que des cultures "totales", tel que suggéré par les styles régionaux de vannerie, alors de telles reconstitutions archéologiques peuvent être mal placées pour distinguer la distribution linguistique Salishan (Musqueam Northeast) de Wakashan (Hoko River). On n'a pas besoin de faire appel à la migration pour expliquer plusieurs distributions linguistiques car différents groupes linguistiques auraient pu apporter leur contribution pour atteindre les sommets économiques la plupart du temps reflétés dans l'enregistrement archéologique des techniques. En d'autres mots, les horizons économiques représentés par les complexes, par exemple Locarno Beach entrecoupent apparemment les séries ethniques englobant des familles linguistiques totalement différentes comme l'indiquent les styles de vannerie et l'application de l'approche historique directe. L'enregistrement que "...Les tendances horizontales à l'échelle d'une région perçues dans ces sommets ou plateaux économiques peuvent refléter une évolution générale, et le changement qui en résulte dans les solutions apportées aux activités de subsistance, non des modifications au style culturel ethnique ni de populations" (Croes 1989 : 124) peut accommoder à la fois les distributions archéologiques et linguistiques. De la même manière, dans le nord de la côte, même si les Tlingit, les Haida et les Tsimshians partageaient plusieurs caractéristiques ethniques et interagissaient à un haut degré, leurs styles de vannerie étaient passablement distincts les uns des autres. Les seuls objets archéologiques disponibles dans les sites saturés d'eau de la région proviennent du site Lachane à Prince Rupert Harbour. Ici les styles de vannerie remontant à 2 000 ans correspondent aux styles historiquement documentés des Tsimshians de la même région (Croes 1989 : 124). Comme la distribution des familles linguistiques le long de la Côte-Ouest a fréquemment plané au-dessus de l'interprétation de l'archéologie sur la Côte-Ouest (Borden 1951; Cressman 1977; Mitchell 1988), le postulat sous-jacent d'une parenté correspondante entre les langues et les reconstitutions culturelles archéologiques doit être sérieusement remis en question ainsi que la nature de l'enregistrement qui a été utilisé dans le passé à l'appui des migrations linguistiques (voir Suttles 1987 : Chapitres 14 et 15 : 256-281).

Étant donné la signification de l'information culturelle fournie par les styles archéologiques de vannerie, il est approprié de répéter l'analogie du tissu eu égard à la classification des cultures archéologiques de la Côte-Ouest. Les données que les éléments de la trame sont plus locaux, ethniques et conservateurs, signifient que la reconstitution d'une seule culture archéologique, comme le complexe de Locarno Beach, était composée de plusieurs groupes ethniques différents. L'analogie de corréler chaîne-trame aux larges facettes locales de la technologie archéologique est loin d'être une proposition nouvelle; "Le tissu de l'archéologie de détroit de Béring, il me semble, a sa chaîne dans ses modes de comportement transmis par les parents aux enfants à un seul endroit, et une trame composée d'échanges mutuels continuels de pensées dans l'espace vers l'extérieur" (Giddings 1961 : 157). Par exemple, il n'y a pas de doute que, si la co-tradition des Iroquois du nord-est de la région des Grands Lacs n'avait pas été caractérisée par des styles locaux de poterie, que, sauf les Iroquoiens du Saint-Laurent avec leur assemblage hautement distinct d'outils en os, les autres objets de la culture matérielle à savoir les pointes de flèche, les herminettes, les metates/manos, les grattoirs, la plupart des instruments en os, etc. auraient été classifiés comme une seule reconstitution culturelle plutôt que les huit reconstitutions archéologiques qu'on reconnaît maintenant.

En plus des complexités impliquées dans la reconnaissance du jeu mutuel d'une série de styles d'horizons généralement partagés avec plusieurs expressions technologiques régionales, il y a le problème d'évaluer la nature des liens unissant les complexes archéologiques riverains de l'intérieur et de leurs contemporains côtiers. Par exemple, on a suggéré que l'archéologie de la région de Hope-Yale du bas-fleuve Fraser représente un mélange de traits provenant de l'intérieur et de la côte, que les influences côtières sont représentées par des pointes de projectile et des couteaux en pierre polie tandis que les influences de l'intérieur, par des maisons semi-souterraines et l'usage généralisé d'outils en pierre polie dans toute la séquence. Même si on reconnaît un certain mérite à la suggestion que le mélange des traits de l'intérieur et de la côte puisse refléter une aire de transition culturelle (Von Krogh 1980), il ne faut pas oublier le problème que l'absence générale de la conservation des os dans la région du bas-fleuve Fraser gêne les comparaisons avec les assemblages côtiers comme ceux de Locarno Beach et Marpole. Aussi, il y a des parallèles entre le complexe de Baldwin du fleuve Fraser (1 000 à 350 avant J.-C.) et celui de Locarno Beach du détroit de Georgia, notamment des styles de pointes de projectile, des herminettes en néphrite, des microlames, des pointes de projectile et des couteaux en pierre polie, des perles en pierre, des labrets, des pendentifs, et une scrulpture zoomorphique. Cependant, durant le complexe subséquent de Skamel du bas-fleuve Fraser, il semble avoir eu une intrusion plus intensive de la part des Platéliens récents ou des influences dans la région de Hope-Yale (Borden 1970) suivies d'une autre fusion de traits provenant de l'intérieur et de la côte (Von Krogh 1980 : 222). Comme le fossé linguistique le plus profond entre les langues des Salish de l'intérieur et les langues salish de la côte se trouve "...dans la basse vallée du Fraser ou du canyon du Fraser" (Suttles 1987 : 260), on serait peut-être en mesure de s'attendre à obtenir un portrait archéologique mélangé. De la même manière, sur la basse rivière Skeena dans le canyon de Kitselas dans le nord de la côte, une occupation côtière initiale suivie d'une occupation permanente de l'intérieur comportant une acculturation subséquente par les gens de la Côte-Ouest (phase récente) de la région de Prince Rupert Harbour a été rapportée (Allaire 1978 : 251), processus assez analogue à celui du canyon du fleuve Fraser. Cependant, un ouvrage plus récent, (Coupland 1988) suggère que la séquence du canyon de Kitselas est fondamentalement d'origine côtière. Comme c'est le cas pour la région du fleuve Fraser, les comparaisons sont gênées par l'absence généralisée de conservation des os dans l'intérieur. Les commentaires précédents constituent un avertissement à l'effet que les frontières entre les différentes cultures sont rarement convenablement claires.

Étant donné la diversité de la nourriture et de sa distribution inégale le long de la Côte-Ouest, il y avait une variabilité prévisible eu égard à la subsistance de la culture de la Côte-Ouest (phase récente). Les extrêmes varient des chasseurs de l'intérieur, aux pêcheurs saisonniers de saumon, et cueilleurs de racines le long des basses terres des principales rivières jusqu'aux chasseurs de mammifères marins sur les côtes avancées, les pêcheurs des îles de la Reine Charlotte et la côte occidentale de l'île de Vancouver. Les gens de la culture de la Côte-Ouest (phase récente) ont suivi un mode de subsistance varié qui aurait eu comme complément, les divers aliments obtenus par le commerce, notamment l'huile d'eulakane et le saumon séché. Il y a eu une tendance compréhensible à mettre l'accent sur l'importance du saumon comme fondement de la culture de la Côte-Ouest (phase récente) (e.g. Burley 1979 : 131) car le saumon était la seule ressource saisonnière à apparaître en assez grande abondance pour fournir une composante critique à l'approvisionnement de nourriture pour l'hiver. Le saumon était la source de nourriture la plus importante dans le dossier exceptionnel de l'enregistrement faunique remontant à 7 000 ans au site Namu dans le centre de la côte (Cannon 1991) et, pourtant, le modèle ethnographique classique de la Côte du Nord-Ouest n'est apparu dans la région que beaucoup plus tard. Ce modèle ethnographique aurait été fondé sur plusieurs facteurs inter-reliés, culturels autant qu'économiques. La stabilisation de la côte qui a permis le rassemblement de populations de façon permanente aux endroits stratégiques riches en ressources a constitué un facteur vraisemblablement aussi important que le saumon pour établir le fondement des développements subséquents. Dans certaines régions de la côte, par exemple, le poisson plat, le poisson de fond ou l'eulakane dépassaient le saumon en importance. La nourriture végétale se composant de baies, de tubercules, de rhizomes et de pommettes ainsi que du goémon, qui était si importante à l'arrivée des Européens sur toute la côte, est à toute fin pratique absente de l'enregistrement archéologique, reflétant plus un problème de conservation et de méthodes de récupération archéologique que de l'importance de la nourriture végétale dans le régime alimentaire. L'observation précédente ne vise pas à dénigrer l'importance du saumon mais à souligner que le rôle joué par le saumon dans l'entreposage de la nourriture hivernale a été un élément, sans doute important, dans un ensemble de nourriture qui a inclu les crustacés, l'huile d'eulakane, le poisson broyé, les mammifères terrestres et marins, et les plantes.

Quant aux modes d'établissement, les villages d'hiver sur des amas de coquilles ont d'abord commencé à apparaître sur la côte en partie lors de la Période III et ont augmenté en nombre durant la Période IV dans la plupart des régions. Dans le nord de la côte, par exemple, entre 1 500 avant J.-C. et 500 après J.-C., les plus grands sites témoignent d'une croissance des populations. L'occurrence fréquente de coins, d'herminettes et de percuteurs indique l'importance croissante des maisons de planches et des pirogues monoxyles. L'enregistrement de dentalia et d'obsidienne témoigne de l'expansion du commerce. Le témoignage d'activités guerrières se présente sous la forme de massues, de poignards, de trophées crâniens et de trauma du squelette (MacDonald and Inglis 1976 : 77). Curieusement, dans la région du détroit de Georgia, les sites d'amas de coquillages n'augmentent pas en taille avant l'époque de Marpole vers 500 avant J.-C. et, de ce point de vue, sont en contraste avec le reste de la Côte-Ouest y compris les côtes avancées de l'île de Vancouver et les îles de la Reine Charlotte. Certaines caractéristiques des établissements sont généralisées dans les sites d'amas de coquillages, notamment la proximité d'eau douce, une place appropriées pour accoster les canots, un endroit protégé dans une anse ou baie, la proximité des lits de moules et de palourdes et d'autres ressources notamment les ruisseaux de fraie du saumon. Il peut y avoir une variation considérable de ces thèmes, même l'occurrence d'amas de coquillages dans des grottes (Haggarty 1982).

Le portrait des modes d'établissement de la culture de la Côte-Ouest (phase récente) a été biaisé par la concentration des fouilles archéologiques des grands sites côtiers d'amas de coquillages. Quelques sites d'aspect spécialisé, notamment les sites de pictographes/pétroglyphes, tendent aussi à être associés à de grands sites d'amas de coquillages (Simonsen 1973). On connaît quelques petits sites situés sur les îles avancées où une variété spécifique de nourriture d'origine marine aurait été acquise au cours de la ronde saisonnière (MacDonald et al. 1987). Il y aurait eu aussi des camps saisonniers majeurs établis aux endroits riches en ressources dont les rivières à fraie du saumon et/ou de l'eulakane. Il est pratiquement impossible aux méthodes de reconnaissances archéologiques de détecter l'enregistrement d'innombrables sites à fonctions spécifiques qui indubitablement ont existé dans le rayon d'activités des grands établissements. De tels sites invisibles en archéologie auraient été des sites de cueillette de baies, de racines et de rhizomes, les sites d'acquisition d'écorce, et les sites où l'enlèvement des planches des cèdres rouges sur pied auraient eu lieu. L'enregistrement de quelques sites de carrière est aussi limité et reflète vraisemblablement l'importance décroissante de l'outillage en pierre polie et la disponibilité généralisée de la pierre locale appropriée pour les outils sur éclat simple ou outil sur galet.

L'élaboration de l'art entre 500 avant J.-C. et 1 après J.-C. depuis ses tout débuts vers 2 500 avant J.-C., a été attribuée à un système chamanique de croyances qui, reculant dans la nuit des temps, est profondément ancré dans la quête d'un esprit gardien (Carlson 1983 : 204). Dans le détroit de Georgia vers 500 avant J.-C., plusieurs nouveaux traits mortuaires élaborés apparaissent, notamment l'inclusion de nombreuses offrandes avec les défunts, particulièrement un grand nombre de perles en coquillage et en pierre, des cairns mortuaires, et très vraisemblablement des tumulus funéraires. Quelques-uns des cairns mortuaires se trouvent dans des cimetières isolés par rapport aux sites d'habitation (Smith and Fowke 1901) et témoignent de l'existence de "lieux sacrés" réservés spécifiquement aux dépouilles mortelles. Cependant, l'enregistrement archéologique des 500 ans antérieurs, est trop limité pour assumer que ces innovations étaient uniques au complexe de Marpole. De même, dans le nord de la côte, des tombes richement dotées d'offrandes apparaissent dans les amas de coquillages. Une bonne partie de l'art rupestre trouvé à proximité des plus importants villages hivernaux remontent à la Période IV mais la datation directe de l'art rupestre défie encore les méthodes archéologiques. Les méthodes indirectes de datation, notamment l'inscription des motifs sur de petits objets en pierre provenant de composants datés par le radiocarbone, suggèrent une profondeur temporelle considérable pour cette pratique (Lundy 1983). Entre 1 000 avant J.-C. et 500 après J,-C., l'incidence d'os humains modifiés, particulièrement du crâne, dans le nord de la côte, témoignent de pratiques chamaniques et même potentiellement des premières étapes du développement des sociétés de cannibales documentées historiquement (Cybulski 1978).

L'observation que "La préhistoire de l'extrême ouest diffère de celle du reste du continent nord-américain parce qu'elle s'est développée à sa volonté" (Cressman 1977 : 208) n'est que partiellement valide. Un modèle culturel distinct a vraiment émergé mais il n'était certainement pas immunisé contre les influences externes. Dans le sud de la côte, l'arc et la flèche ont été introduits par le Platélien récent vers la fin de la Période IV. Depuis la même région, les concepts cosmologiques exprimés sous la forme de bol en statue humaine assise en stéatite, comportant souvent des représentations de serpents à sonnettes et des têtards/grenouilles, ont aussi atteint la côte. Des sources géologiques majeures de néphrite ressemblant à du jade et de la stéatite surviennent près de Lillooet et Yale à l'intérieur des terres et ont représenté d'importants articles de commerce avec les gens de la côte. Les herminettes en néphrite semblent avoir été particulièrement précieuses. Les labrets qui étaient insérés dans un ou des trous perforés dans la joue ou la lèvre se trouvent sur toute la côte dont l'enregistrement le plus ancien de leur usage provient des îles de la Reine Charlotte il y a quelque 4 500 ans (Severs 1974). On ne sait pas avec certitude si les labrets prennent leur origine dans le nord et se diffusent vers le sud en suivant la côte ou vice versa. Mais les styles de labrets indiquent certainement un lien entre la côte de la Colombie-Britannique et le sud de l'Alaska adjacent à la région des Esquimaux du Pacifique (Clark 1984). S'il y a un lien direct entre l'industrie de l'ardoise polie en Alaska et sur la côte de la Colombie-Britannique, alors cette observation renforcerait la vraisemblance que des influences ont fleuri du nord au sud puisque cette technique de façonner la pierre est apparue vers 2 500 avant J.-C. dans le nord. On a spéculé que les extenseurs lobaires, le harpon à tête basculante, la sculpture sur pierre et les tumulus funéraires sont tous des traits introduits sur la Côte-Ouest en provenance d'ailleurs en Amérique du Nord (Fladmark 1986). Alors qu'il est possible que la diffusion par stimulus ait été impliquée, le style de harpon à tête basculante du nord est distinctement différent du harpon composite à tête basculante de la Côte-Ouest. Une invention indépendante sur la côte de la Colombie-Britannique de quelques-uns des traits précédents ne peut pas être écartée dans le moment.

L'enregistrement concernant la biologie humaine augmente de façon marquée à la Période IV. Les gens de la Période IV, comme leurs descendants connus par les documents historiques, étaient de "...stature moyenne, avaient un tronc court et large, des bras longs et fortement développés, et des membres inférieurs moins fortement développés" (Cybulski 1990 : 53). La recherche indique que, en dépit du témoignage en faveur de populations reproduites localement, il n'y a ni uniformité génétique ni de limites génétiques bien définies. Les maladies identifiées incluent la syphilis congénitale et vénérienne, criba orbitalia reliée à l'anémie due à une déficience de fer, une faible occurrence de caries mais une forte incidence d'abcès, d'arthrite, de la maladie combinée de la spondylarthrite et les traumatismes; ces derniers revêtent un intérêt particulier, car la fracture des os était vraisemblablement le résultat d'activités guerrières qui se déroulaient dans le nord et le centre de la côte. Le témoignage de traumatismes consiste en des fractures faciales, de la tête, des membres et de l'épine dorsale suggestives de blessures obtenues de massues ou en se parant des coups de massue. Les crânes trophées et les corps décapités sont aussi très raisonnablement interprétés comme des conséquences de la guerre. La déformation artificielle du crâne apparaît dans le sud de la côte vers 500 avant J.-C. mais ne s'est pas répandue vers le nord de la côte. Cette caractéristique a été historiquement associée au statut attribué et sa forte incidence (Cybulski 1975) peut se relier à un système hiérarchique inversé selon lequel les gens "dignes" étaient plus nombreux que ceux classifiés comme "indignes" ou "esclaves" (Suttles 1987 : Figure 1). Comme la déformation crânienne doit être commencée en bandant la tête d'un jeune enfant, la caractéristique est clairement reliée à une quelconque affirmation héréditaire de statut.

Le développement de l'inégalité sociale sous la forme de sociétés hiérarchisées à la Période IV a constitué un thème théorique majeur par les archéologues de la Côte-Ouest. Les propositions reliées au développement des inégalités du statut ont largement été fondées sur de telles considérations comme l'importance croissante des objets de richesse notamment l'obsidienne, les perles et des pendentifs en coquillage marin, des herminettes en néphrite, et le cuivre natif, l'occurrence inégale des offrandes mortuaires dans les cimetières dont quelques enfants richement dotés suggérant les lignages et des familles riches, la déformation crânienne dans le sud de la côte ainsi que des tumulus funéraires, et l'association de l'art élaboré avec les indices précédents présumés de statut. Il y a aussi la suggestion que les débuts du potlatch comme rituel signifient le rehaussement et le renforcement des droits et privilèges (MacDonald and Inglis 1976 : 70). Une tendance à surestimer l'importance de quelques traits relativement à leur signification économique et sociale peut être remarquée, notamment l'association de couteaux minces en ardoise polie avec le découpage des filets de saumon en vue de l'entreposage de "nourriture de richesse" requise pour appuyer une haute classe (Burley 1980). Le processus conduisant aux sociétés hiérarchisées de la Côte-Ouest est au mieux considéré comme un complément de développement poussé par les pressions des populations et les ajustements culturels concomitants (Croes and Hackenberger 1988). L'enregistrement le plus contraignant de l'inégalité sociale est la découverte que tous les villages dans une localité n'avait pas un accès égal à toutes les ressources locales, ce qui indiquait le contrôle sur certaines ressources régionales par quelques villages à l'exclusion des autres (Coupland et al. 1993). Il ne s'agit pas seulement d'une question d'inégalité entre les individus et les familles dans une seule communauté mais aussi d'inégalité qui a affecté des communautés entières. Essayer de cerner spécifiquement le moment où ont eu lieu ces processus de changements sociaux depuis les sociétés égalitaires ou "non hiérarchisées" vers les sociétés hiérarchisées constitue vraisemblablement un exercice futile. Quelques-uns des indicateurs de statut social, notamment l'abondance et la nature des offrandes mortuaires et l'acquisition d'articles exotiques, peuvent aussi bien être expliqués par des facteurs culturels ou autres sans lien avec l'acquisition de la richesse pour le statut et le prestige. Par exemple, il n'y a aucun enregistrement archéologique des offrandes mortuaires périssables et, par conséquent, leur rôle dans la procédure funéraire et leur pertinence potentielle à l'émergence de la hiérarchie ne peuvent être évalués. La déformation crânienne est un bien meilleur indicateur du statut attribué. Les procédés technologiques, démographiques, économiques et sociales qui ont transformé les sociétés égalitaires en sociétés hiérarchisées ont été indubitablement complexes, exigeant du temps et une organisation en évolution afin d'acquérir un degré nécessaire d'acceptation sociale. Alors que les faibles premiers aperçus de ce processus commencent à apparaître en archéologie vers 1 000 avant J.-C., il est vraisemblable que les processus sociaux indiscernables aient déjà été en œuvre beaucoup plus antérieurement. Certainement ce fut à la Période IV que les sociétés hiérarchisées sous différentes formes ont été en place sur toute la côte. Cependant, comme l'indique la documentation européenne, la nature de cette hiérarchie sociale était plutôt variable; les différences les plus frappantes se trouvaient dans le nord et le sud de la côte.


 
Tome ITome II

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